La beauté de l’universalité

 

Créer des ponts entre les peuples, c’est beau, mais ce n’est pas si évident. Comment réussir à se comprendre quand on a des codes différents ? J’ai pu interviewer une experte du sujet dont c’est le métier et surtout, la vocation.

 

Mon esprit romanesque me souffle qu’elle pourrait être l’héroïne d’un roman : celle d’une femme capable de traverser mille existences en une seule. 

De l’Ukraine à la France, en passant par la Russie et le Vietnam, je vous présente Mai Anh, une personne qui crée des ponts entre les peuples et insuffle de l’espoir dans un monde qui vacille.

Chapitre I - De la douceur de l’enfance en Ukraine

Je crois que l’humanité a encore de beaux jours devant elle. C’est ce que je ressens quand je discute avec mon invitée. Sa vitalité et sa force semblent être le fruit de ses premières années passées à explorer le monde sans vraiment l’avoir choisi.

Son histoire commence en Ukraine, un pays pour lequel elle garde un amour discret, mais profond. Elle se souvient de l’hospitalité ukrainienne, de ses visages souriants et des « babouchkas » pleines de tendresse envers elle. 

Elle évoque sa nounou, joyeuse et attentive, qui lui achetait des bonbons et qui l’avait aidée à arracher sa première dent de lait. Un morceau de son âme est resté là-bas, c’est presque certain. 

Elle chérit ce pays comme un premier point d’ancrage. Les années de son enfance, lumineuses et pleines de curiosité, se déroulaient entre un système éducatif innovant et la découverte de Saint-Pétersbourg, ville dans laquelle elle a également passé quelque temps.

Déjà, elle naviguait entre les cultures avec ses amis vietnamiens et ukrainiens. Avec les nouveaux arrivants, à l’âge de 5/6 ans, elle jouait la traductrice pour que tout le monde puisse se comprendre. 

Petite médiatrice entre deux mondes, elle apprenait déjà la communication et l’écoute, sans savoir qu’elle en ferait son métier bien plus tard.

Chapitre II – Le Vietnam en musique de fond

La vie, aussi belle qu’elle puisse être à travers les yeux d’un enfant, ne lui a pas épargné les épines. Elle me cite Jean d’Ormesson qu’elle affectionne particulièrement « Le monde est une vallée de larmes et de roses ».

Malgré un quotidien qu’elle estime heureux, les difficultés économiques frappent sa famille qui fait un choix douloureux : elle reste avec ses parents, tandis que sa sœur, plus jeune de 11 mois, part au Vietnam, élevée par sa tante et sa grand-mère.

Les lettres deviennent leur lien. À cette époque, la lenteur est la norme : on s’écrit, et les lettres naviguent des semaines avant d’arriver à bon port. La distance creuse un manque, mais elle tisse aussi un lien solide et une résilience à toute épreuve.

Lorsque Mai Anh retourne enfin au Vietnam avec ses parents, elle subit pour la première fois un choc culturel. Vietnamienne de sang, mais pas tout à fait de culture, elle doit s'approprier de nouveaux repères sociaux, tout en redécouvrant une sœur presque étrangère.

Pendant deux ans, bien qu’elle parle le vietnamien, elle suit des cours complémentaires pour se perfectionner.

Peu à peu, le pays l’enveloppe de sa chaleur humaine, de sa vie communautaire, de ses maisons ouvertes et de ses repas partagés.

Elle apprend à trouver sa place, à respirer avec le rythme de la vie du quartier - elle aide d’ailleurs ses parents au magasin - dans lequel l’esprit de groupe et la solidarité sont les piliers de cette vie vietnamienne.

Chapitre III – La France, une nouveau chemin

Après ce premier choc culturel que l’on pourrait qualifier de réussi, elle attendra quelques années avant d’en connaître un deuxième. Car, sa curiosité pour le monde ne l’a jamais quittée.

Elle apprend le français au lycée et son rêve est de découvrir la France et surtout Paris. Elle a déjà une stratégie en tête. Pour elle, vivre dans une capitale est essentiel. Elle est persuadée que la mixité culturelle qu’on y trouve est très aidante pour toute personne étrangère qui souhaite s’intégrer dans un nouveau pays.

Néanmoins, malgré sa capacité d’adaptation, l’arrivée n’est pas simple. Elle fait connaissance avec les vicissitudes des démarches administratives qui deviennent un petit parcours du combattant : rendez-vous, comptes, formulaires. Même ouvrir une boîte aux lettres demande de la patience, sourit-elle aujourd’hui.

Elle observe aussi une certaine distance dans les relations : les Français ne viennent pas toujours spontanément, et à ce moment-là, la solitude peut s’installer. Sa chance ? Avoir eu un correspondant et sa maman accueillante, qui l’ont accompagnée les premiers jours en France.

Elle s’habitue également aux subtilités culturelles : les relations sociales, les différences entre les habitants de Paris, Lille, Toulouse, Marseille et les codes de la vie amoureuse.

Le plus compliqué ? L’Asie lui a inculqué les gestes chargés de sens et le « non » indirect. Ici, tout est plus explicite, alors qu’on lui a appris davantage à s’exprimer de façon plus discrète.

Bref, après de nombreux apprentissages, Mai Anh a trouvé, encore cette fois-ci, sa place tout en gardant ses valeurs et en étant fière de ses origines vietnamiennes.

Chapitre IV – L’être humain, la beauté dans notre universalité

Pour elle, malgré nos différences, nous partageons bien plus que nous ne l’imaginons. Avant d’être vietnamienne, ukrainienne ou française d’adoption, elle se définit comme un être humain.

Elle aime la musique, la cuisine, des choses universelles partagées par tant de cultures. Et au lieu de pointer les différences, elle suggère surtout d’identifier ce qui nous unit : cela change radicalement de perspective.

Car même si la diversité est belle, l’erreur serait de tomber dans le terreau de la division. Or, la beauté de l’humanité, c’est de se rendre compte à quel point nous pouvons être similaires.

Je lui ai donc demandé ce qu’elle pouvait nous conseiller si un jour nous devions nous expatrier pour X ou Y raison.

S’informer sur le pays bien sûr, s’imprégner de son histoire, observer sans juger. Et surtout, rester humble, car la culture de l’autre est toujours plus complexe que prévu. C’est la clé pour se décentrer et tenter de comprendre l’autre pour mieux se connaître soi-même.

Sa dernière recommandation est celle qui me fait dire que tout est encore possible. Ne jamais hésiter à demander de l’aide : la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais un pont. Et d’après son expérience, elle a toujours eu une main tendue lorsqu’elle en avait besoin.

Ainsi s’achève l’histoire de mon invitée qui aura encore 1000 vies à nous raconter. Son parcours est un voyage tissé de langues, d’anecdotes joyeuses, de quelques larmes, de retrouvailles et de renaissances.

Cette mosaïque culturelle, elle la présente comme une richesse et un parcours presque initiatique pour accepter les autres dans leurs différences et s’adapter sans se renier.


Mai Anh PHO est la fondatrice de Talents 100 Frontières, une entreprise dédiée à l’intégration professionnelle des talents internationaux et à la valorisation de la diversité culturelle en entreprise.

Cette initiative est née d’un constat simple : de nombreuses personnes étrangères disposent de compétences solides, mais rencontrent des obstacles pour trouver leur place dans le monde du travail en France, construire leur parcours professionnel et s’épanouir dans leur activité.

Pour découvrir sa mission et son travail : https://talents100frontieres.com/a-propos


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